DERU 2 : les chantiers techniques qui vont transformer l’assainissement

Vue aérienne d'une station d'épuration et de ses bassins de traitement des eaux usées

La directive européenne révisée sur le traitement des eaux urbaines résiduaires, souvent appelée DERU 2, ne constitue pas seulement une évolution réglementaire. Elle ouvre un cycle de transformation pour les systèmes d’assainissement : meilleure maîtrise des rejets par temps de pluie, traitements plus exigeants, prise en compte des micropolluants et progression vers la neutralité énergétique.

Le 17 septembre 2026, le Comité stratégique de filière Eau a présenté une étude consacrée aux conditions de mise en œuvre de cette directive en France. La transposition nationale doit intervenir avant le 31 juillet 2027. Pour les exploitants, collectivités, bureaux d’études et entreprises de travaux, le calendrier invite à passer dès maintenant de la lecture réglementaire à une feuille de route technique.

DERU 2 change l’échelle de la performance attendue

L’étude publiée par le Comité stratégique de filière Eau met en avant plusieurs priorités : améliorer la collecte, notamment en période de pluie, généraliser ou renforcer les traitements secondaire et tertiaire, traiter les micropolluants et réduire l’empreinte énergétique des installations. Elle évalue à plus de 3 milliards d’euros par an les bénéfices environnementaux, sanitaires et territoriaux associés à cette trajectoire.

Le sujet ne se résume donc pas à ajouter une étape de traitement. Il faut considérer le système dans son ensemble, depuis le réseau jusqu’au rejet, avec les postes de relèvement, les déversoirs d’orage, la station, le traitement des boues, l’énergie, les réactifs, l’instrumentation et les données d’exploitation.

Premier chantier – mieux connaître les flux réels

Avant d’investir, il faut objectiver les charges et les variations. Les campagnes de mesure, l’analyse des débits, la qualification des eaux parasites et la compréhension des événements pluvieux deviennent déterminantes. Une modélisation utile ne doit pas seulement reproduire un fonctionnement moyen : elle doit aider à identifier les points de débordement, les marges hydrauliques et les priorités d’intervention.

Cette phase mobilise des compétences en diagnostic de réseau, métrologie, hydraulique, modélisation, SIG et analyse de données. Elle exige aussi une bonne coordination entre les équipes réseau et station, trop souvent séparées alors que la performance finale dépend de leur interaction.

Deuxième chantier – fiabiliser les procédés existants

Une exigence de rejet plus élevée ne conduit pas automatiquement à reconstruire une station. Dans de nombreux cas, les premiers gains viennent de l’optimisation du fonctionnement : réglage de l’aération, maîtrise de l’âge des boues, fiabilité des recirculations, maintenance des équipements électromécaniques, étalonnage des capteurs et stabilisation de la charge hydraulique.

Le diagnostic doit permettre de distinguer ce qui relève d’une limite de conception, d’un équipement vieillissant ou d’une conduite perfectible. Notre check-list des études préalables pour une STEP propose des points de contrôle pour cadrer cette analyse avant travaux.

Troisième chantier – préparer le traitement des micropolluants

Le traitement des micropolluants introduit de nouveaux choix de procédés, de pilotage et de maintenance. Ozonation, charbon actif ou combinaisons de traitements présentent des performances et des contraintes différentes. Le dimensionnement doit intégrer la qualité de l’eau en entrée, les objectifs à atteindre, la variabilité des concentrations, la consommation énergétique, la gestion des réactifs et les sous-produits éventuels.

Le retour d’expérience d’exploitation sera central. Un procédé performant sur le papier peut devenir fragile si l’instrumentation n’est pas fiable, si les consommables sont mal anticipés ou si la maintenance spécialisée n’est pas organisée. Les choix techniques doivent donc associer très tôt les futurs exploitants.

Quatrième chantier – faire de l’énergie un indicateur de procédé

La neutralité énergétique pousse à suivre l’énergie au même niveau que les indicateurs de qualité du rejet. Les principaux leviers concernent généralement l’aération, le pompage, la valorisation du biogaz, la récupération de chaleur et l’adaptation du fonctionnement aux charges réelles.

L’objectif n’est pas de réduire la consommation au détriment du traitement. Il s’agit de rechercher le meilleur point de fonctionnement en associant procédés, maintenance, automatisme et conduite. L’article consacré aux leviers de performance énergétique en STEP détaille cette approche.

Les métiers qui deviennent critiques

La mise en œuvre de DERU 2 va renforcer le besoin de profils capables de relier conception et exploitation : ingénieurs procédés, responsables d’exploitation, experts en traitement avancé, automaticiens, spécialistes de la donnée, techniciens de maintenance, hydrauliciens, chefs de projet travaux et responsables performance énergétique.

La rareté ne viendra pas seulement du nombre de professionnels disponibles. Elle concernera la capacité à travailler à l’interface de plusieurs disciplines, à transformer des données en décisions et à accompagner les équipes lors des phases de mise en service ou de montée en performance.

Une feuille de route en cinq étapes

  1. Cartographier les écarts réglementaires et les risques de rejet à l’échelle du système.
  2. Fiabiliser les données de débit, de charge, de consommation et de fonctionnement.
  3. Prioriser les optimisations d’exploitation avant les investissements lourds.
  4. Tester les solutions nouvelles en intégrant maintenance, sécurité et coût global.
  5. Préparer les compétences nécessaires à la conception, aux travaux, à la mise en service et à l’exploitation.

Cette séquence aide à éviter deux écueils : sous-estimer l’effort d’adaptation, ou engager trop tôt une solution technique sans diagnostic suffisant. Les équipes d’ingénierie et de conseil peuvent intervenir pour structurer les études, renforcer une équipe projet ou sécuriser une phase de démarrage.

DERU 2 doit finalement être lue comme un programme de performance durable. Les installations qui progresseront le plus vite seront celles qui associeront dès l’amont réglementation, procédés, exploitation, maintenance, énergie et compétences.

Vous préparez un diagnostic, une modernisation de STEP ou une évolution de procédé ? Échangez avec Agileo Experts sur les compétences à mobiliser.

Photo : Patrick Federi via Unsplash. Source principale : étude DERU 2 présentée par le Comité stratégique de filière Eau le 17 septembre 2026.

Retour en haut